À nos avocamarades João Viegas et Alain Moutot

PAR le SAF

João Viegas

Publiciste et travailliste, il était engagé aux côtés des agent·es public·ques et des salarié·es, mais aussi en défense de syndicats et d’associations de lutte contre les discriminations et de défense des libertés publiques. Il était de ces avocat·es profondément humanistes pour qui le droit ne se réduit jamais à une technique, mais s’inscrit dans une trajectoire de vie, faite d’engagements militants, de fidélités et d’exigence intellectuelle.
Avec Emmanuelle Boussard-Verrecchia, Slim Ben Achour et Savine Bernard, il a assuré la défense du collectif de mineurs licenciés après les grandes grèves de 1948 et 1952 et qui, soixante ans plus tard, ont obtenu leur réhabilitation en s’appuyant sur les règles de la non-discrimination. Il voyait dans l’action collective le moyen de faire du droit un levier d’action politique et de transformation sociale. Il a fondé en 2021 le cabinet 1948 Avocats dans cette même perspective collective.
Au-delà de son cabinet, João Viegas était un membre actif du Syndicat, il a contribué à fonder la Commission pour l’égalité de traitement et contre les discriminations durant les années 2000, et participait aux travaux de la commission droit public. Toujours disponible pour alimenter les réflexions du SAF et à ses positions devant les institutions publiques, il y participait avec constance et rigueur, sans posture, avec une détermination tranquille, fidèle à ses principes.
Mobilisé en dernier lieu contre la loi « confortant le respect des principes de la République », les atteintes aux libertés associatives qu’elle a occasionnées et l’interdiction du port de signes avec la robe d’avocat·e, João a particulièrement marqué celles et ceux qui l’ont connu par son investissement précurseur dans la lutte contre l’islamophobie. Dans un contexte où les discriminations tendent à se banaliser ou à être minimisées, il a fait le choix de les nommer, de les combattre et de les porter devant les juridictions, à une époque où très peu osaient s’y opposer frontalement. Il le faisait en refusant les simplifications et avec une loyauté profonde aux principes d’égalité et de dignité.
João était aussi un homme de culture et de transmission. Traducteur reconnu, il avait contribué à faire circuler les textes et les voix du monde lusophone, auprès des Éditions Chandeigne & Lima, spécialisée dans les œuvres venues du Portugal, du Brésil et d’autres espaces lusophones. Ce travail de traduction n’était pas accessoire : il prolongeait, autrement, son engagement à « ouvrir des fenêtres sur le monde ». À travers le droit comme à travers les mots, João construisait des ponts entre les langues, entre les cultures, et entre les personnes.
Aujourd’hui, son absence laisse un vide immense. Au-delà de ses qualités d’ « avocamarade », vont nous manquer sa gentillesse, son attention aux autres, son temps qu’il ne comptait jamais, son courage, sa passion des débats dans le respect de toutes et tous et son humour fin et délicat en toutes situations.
João nous laisse aussi une exigence : celle de poursuivre, avec la même intégrité, les combats qu’il portait, dans nos pratiques, dans nos luttes, et dans notre manière d’être avocat·es.

 

Alain Moutot

Alain est né le 11 septembre 1940 à Tlemcen (Algérie), entre en France en 1962 et fait ses études de droit à Paris Assas. Titulaire de la maîtrise en 1968, il passe le CAPA en 1978. Entre temps, il est critique de cinéma, travaille dans les assurances, est surveillant d’externat à l’Éducation nationale. Inscrit au barreau de Paris en 1979, il collabore au cabinet de Lucienne Didner Sergent figure emblématique au palais de Paris de la gauche et du SAF. Il adhère au SAF au moment du congrès de Toulouse de la même année. Il présidera la section parisienne du SAF en 1985-1987 et en 1991-1994. Il appartiendra de nombreuses années au conseil syndical et au bureau (secrétaire) en 1989 et en 1991 sous la présidence de Marc-Antoine Guillaneuf et de Tiennot Grumbach.
Alain Moutot a été membre du PSU de 1962 à 1977 et responsable de son organe Tribune socialiste de 1974 à 1977.
C’était un homme cultivé, doux et attentif aux autres, il nous a quitté le 5 mai.

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