Le 28 novembre dernier, sur les marches du crématorium du Père Lachaise se pressait une foule de gens de justice si tristes d’avoir à saluer, pour la dernière fois, Julien Grégoire. Au milieu de sa famille, de ses proches, de ses collègues, se trouvaient nombre d’avocat·es venu·es rendre hommage à celui qu’il était.
Julien Grégoire était un bon magistrat.
Un de ceux qui aiment les avocat·es, les pugnaces, les têtu·es, les acharné·es, les pénibles, les fâché·es, y compris contre lui, parce qu’il avait une très haute estime de ce que devait être la défense.
Un de ceux qui doutent, inlassablement, qui se questionnent, qui écoutent et acceptent de changer d’avis ; capable aussi, parfois, d’admettre qu’il avait tort même si l’occasion ne se présentait pas si souvent… en son absence on peut aujourd’hui le reconnaître.
Passé par la Direction de l’administration pénitentiaire, il avait eu une autre vie avant la magistrature. Là-bas comme ailleurs, il était soucieux des conditions dans lesquelles la Justice enferme et la société exclue, jusque dans les détails du quotidien, imposant par exemple que le café soit à nouveau autorisé aux cantines des détenu·es. Révolution douce en détention.
C’est probablement cette expérience qui autorisait le parquetier qu’il avait été à requérir que « la prison a beaucoup de défaut et peu de vertus ». Drame de la défense, même la plus offensive, contrainte de constater publiquement la sagesse du ministère public. Jouissance de Procureur.
Julien Grégoire était un magistrat engagé.
Dans une machine judiciaire au fonctionnement dégradé, trop souvent maltraitante, pressée par des considérations de flux, de stocks, de délais, il observait un engagement obstiné et absolu au service du justiciable, toujours du justiciable et rien que du justiciable.
Celles et ceux qui l’ont observé, en audience comme en cabinet, savent le respect et la considération qu’il portait à celles et ceux qui comparaissaient devant lui et la valeur qu’il accordait à la parole de chacun·e.
La Justice n’a pourtant pas les moyens de cette ambition et refuser de se résigner rend l’exercice noble mais douloureux et parfois violent. À la solitude, parfois, de l’exercice judiciaire il répondait par une insatiable envie de partage.
Toujours partant pour la bagarre, il n’a jamais refusé aucun débat. En formation, en colloque, en réunion, il savait transmettre l’immense estime qu’il avait de nos fonctions respectives et cette précieuse énergie qui réveillait même les plus fatalistes d’entre nous.
Julien Grégoire était surtout un bon camarade.
Il était aussi celui dont la porte était invariablement ouverte, prêt à accueillir avec bienveillance, échanger avec conviction, discuter mais aussi rassurer : à celle ou celui qui doutait, il savait en quelques mots redonner confiance et légitimité. Son estime savait apaiser nos sentiments d’imposture.
Il était le plus tendre, le plus drôle et le plus chauve des magistrats.
Il était notre ami. Il nous rendait fières.
Il nous manque et sa mémoire nous oblige.




















