En mars prochain, les électeurs et électrices de notre pays seront appelés à élire leurs équipes municipales. Comme souvent, la campagne s’annonce rythmée par les commentaires sur les alliances, les équilibres partisans, les personnalités ou les stratégies d’appareil. Le casting fera couler beaucoup d’encre. Pourtant, les élections municipales sont avant tout des choix politiques qui engageront très concrètement notre quotidien pendant les six années à venir. Et au cœur de ces choix, une question centrale demeure trop souvent reléguée à l’arrière-plan : celle des services publics locaux.
Une ligne de fracture décisive
Les services publics municipaux ne sont pas une abstraction. Ils sont le bus ou le train qui passe – ou ne passe plus. La crèche qui accueille – ou refuse, faute de place. Le logement social accessible – ou remplacé par des programmes spéculatifs. Les établissements de soins et centres de santé – ou trop souvent les déserts médicaux. La cantine et l’école publique, la bibliothèque, le théâtre et les espaces verts. Parce qu’ils relèvent de compétences essentielles du bloc communal – communes et intercommunalités –, les services publics constituent le cœur de l’action municipale. Sur la totalité du territoire, ils constituent le premier guichet, parfois le dernier encore ouvert, pour s’adresser à toutes les générations et toutes les catégories sociales. Ils nécessitent des agent·es public·ques reconnu·es.
Tous ces sujets pourraient apparaître consensuels : rien n’est moins vrai. Des clivages profonds traversent aujourd’hui le débat public au sujet de ces services publics et de leur orientation.
Faut-il respecter et renforcer l’obligation de construire des logements sociaux, conformément à la loi SRU, ou la contourner, quitte à devoir payer des amendes ? Faut-il lutter contre l’artificialisation des sols ou poursuivre une logique de consommation foncière ? Faut-il investir dans des centres de santé à but non lucratif et défendre les hôpitaux de proximité, ou faire jouer la concurrence en espérant que son territoire soit le plus « attractif » pour les professionnels ? Faut-il privilégier la prévention et la présence humaine pour la sécurité municipale, ou augmenter les moyens sur la vidéosurveillance ? Faut-il garantir l’égalité d’accès aux crèches et aux écoles publiques, sans discrimination liée à la situation administrative ou familiale, ou introduire des critères excluants ? Faut-il renforcer les équipes municipales et faire confiance à la coopération intercommunale, ou continuer à externaliser pour faire fonctionner les collectivités ?
Répondre à l’ensemble de ces questions, c’est mettre en œuvre une vision de la société. Car l’ensemble de ces choix font sens, ensemble. Au fond, la question qui se pose aux futures équipes municipales est simple : quelle vision du mandat portent-elles ? Veulent-elles se servir de leur responsabilité pour approfondir la liberté, l’égalité et la fraternité inscrites au fronton des mairies auxquelles elles candidatent ? Ou accepteront-elles que ces mots s’effacent derrière la logique du tri, de l’exclusion, de l’individualisation ou du désengagement public ?
Partout en France, une large coalition d’associations, de syndicats, d’ONG et de collectifs interpelle les candidates et candidats. Face aux crises sociales, écologiques et démocratiques qui traversent notre pays, nous formulons 14 exigences concrètes, ambitieuses et applicables dès le début de leur mandat. Ces engagements couvrent l’ensemble des compétences locales : logement, aménagement, environnement, mobilités, accès aux droits, santé, alimentation, sécurité, éducation, culture, sport, transparence démocratique, lutte contre les discriminations, etc. Certaines listes candidates ont déjà pris des engagements clairs. D’autres hésitent. Les citoyennes et citoyens ont le droit de savoir : quelle place les services publics occuperont-ils dans le mandat à venir ?
Un enjeu local… et national
Les élections municipales ne se jouent pas seulement à l’échelle des rues, des quartiers ou des villages. Les élu·es municipaux siègent aussi dans les intercommunalités, influencent des choix structurants en matière d’aménagement, de transports, de gestion de l’eau ou des déchets. Leur rôle politique dépasse le périmètre strict de leur commune. Ils sont également grands électeurs et électrices aux sénatoriales.
Les maires accordent leur parrainage aux candidates et candidats à l’élection présidentielle. Dans un contexte de contraintes budgétaires fortes et de fragilisation des solidarités, le devenir des services publics locaux dépend aussi des choix nationaux. Les équipes municipales peuvent être des gestionnaires résignés, ou des acteur·trices d’un rapport de force en faveur de services publics universels, accessibles et solidaires.
Les habitantes et les habitants doivent pouvoir se saisir pleinement de ce débat. Les municipales ne sont pas réservées aux états-majors politiques. Elles concernent nos habitudes, nos droits, nos enfants, notre environnement. Il ne s’agit pas seulement de demander « plus » de services publics. Il s’agit de demander mieux : des services publics qui préservent les libertés, garantissent l’égalité d’accès aux droits, prennent au sérieux l’urgence écologique et approfondissent la démocratie locale.
Les 15 et 22 mars 2026, nous ne voterons pas seulement pour des noms. Nous choisirons une conception de la société. Le service public constitue une ligne de fracture décisive et sous-estimée des élections municipales. Nous appelons chacune et chacun à faire de cette question un enjeu central du débat. Parce que les services publics locaux ne sont pas un détail technique : ils sont la condition concrète de notre vie commune.
Signataires :
– Arnaud Bontemps et Marie Pla, co-porte-paroles du collectif Nos services publics
– Michel Ménard, président de la fédération des Offices Publics de l’Habitat
– Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)
– Olivier Morzelle, président France ATD Quart-Monde
– Emma Taillefer, présidente d’Anticor
– Antoine Gatet, président de France Nature Environnement
– Murielle Guilbert et Julie Ferrua, Union syndicale Solidaires
– Caroline Chevé, secrétaire générale de la fédération syndicale unitaire
– Gaëlle Martinez, Solidaires Fonction Publique
– Julien Troccaz – secrétaire fédéral SUD-Rail
– Fédération SUD Collectivités Territoriales
– Sarah Durocher – présidente du Planning familial
– Gaspard Tamagny, porte-parole d’Alternatiba
– Zoé Pélegry, porte-parole d’ANV-COP21
– Youlie Yamamoto – porte-parole d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne)
– Fanny Métrat, co-porte-parole Confédération paysanne
-Christophe Robert, Délégué général de la Fondation pour le logement
– Stéphane Maugendre, Président du Syndicat des avocat·es de France (SAF)
– Coordination nationale Pas sans Nous
– Floriane Jullian, porte-parole de Victoires Populaires
– Jérémie Suissa, délégué général, Notre Affaire à Tous
– Eddie Jacquemart, président de la confédération national du logement
– Valérie Chabredier, administratrice, Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC)
– Julien Blot, Président du Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (GEPSo)
– Isabelle Mathurin et Patrick Hallinger, Co-présidents de la Convergence nationale des collectifs de défense et développement des services publics
– Julien Blot, Président du Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux (GEPSo)
– Le Collectif Inter-Hôpitaux
– Sabine Salmon, présidente de Femmes solidaires
– Dominique Friard, coprésident de Soins Etudes et Recherches en Psychiatrie
– Benjamin Caraco, trésorier, Marc Abadie, administrateur, Une Fonction Publique pour la Transition Écologique
– Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité
– Eloïse Beauvironnet, membre du bureau du Syndicat JACI (Justice administrative collective & indépendante)
– Marion Ducasse, coordinatrice d’Aequitaz
– Stéphane Vincent, Délégué général, La 27e Région

